Le Savoir Honteux.
Faut il
croire que nous devons nous résoudre à vivre dans des imageries d’Epinal, dans
les clichés d’une France « bienvenue chez les chtits » ? Sommes-nous
cette caricature simpliste que nous présentent les médias. Aujourd’hui dans les
concours de la fonction publique on veut retirer les épreuves de culture
générale. Afin dit on de favoriser l’accès a la fonction aux couches
défavorisés.
J’ai l’arrogance
de croire que riche est ma culture littéraire, mais elle n’est pourtant pas
infinie et loin s’en faut. Pourtant mon père n’était point notaire, et ma mère
ne faisait d’autres affaires que son ménage. Je ne suis pas l’enfant du docteur
ni le neveu de l’avocat, pourtant j’ai eu accès à la culture par les livres, le
gout des mots que m’ont transmit mes géniteurs. Je l’ai reçue de l’école qui m’a
nourrie de savoir et de curiosité. Oh j’ai râlé, et pesté tout les diables,
lorsque je devais répéter la longue litanie de ces maudits rois maudits.
Aujourd’hui je ne le sais plus guère ce long fil de souvenirs. Mais je connais
encore les petites histoires de la grande histoire, ces tenants et ces
aboutissants. Au quotidien je nourris ma
réflexion d’aujourd’hui du savoir de hier.
Mais voila,
ce n’est plus dans l’air du temps, on ne parle plus d’une réflexion
intelligente, mais d’un fonctionnement élitiste. De nos jours il faut avoir
honte d’en savoir un peu, il faut pouvoir penser pratique, faire de la synthèse
et certes pas de la thèse de l’antithèse. Qui donc se souci encore des lettres, qui donc
peut encore attacher de l’importance aux mots d’auteurs morts depuis des siècles ?
Ils n’ont pas la place dans cette société ou les phrases comme les idées et les
livres se doivent d’être courts.
On prône
une nouvelle égalité, on nivelle par le bas pour que chacun se retrouvant dans
un bouillon d’inculture puisse s’identifier à la bêtise de son voisin. Il ne vient plus à l’idée d’emmener les
esprits vers le haut, de les aider à se façonner par le savoir et la connaissance.
Quelle perte de temps que de lire la princesse de Clèves, quelle gabegie que
cette culture générale qui ne contient que d’ennuyeux pamphlets aux mots ardus.
Quelle peut bien en être l’utilité, quel intérêt de connaitre le passé pour ne
pas reproduire les erreurs de nos ainés ?
On nous
vante la lettre de Guy, exemple à suivre, icône patriotique, et demain on nous
chantera le SMS du trader annonçant un énième plan de sauvetage d’une
quelconque banque sous perfusion. Les exemples et les modèles changent, nous en
avons eu notre lot. Il en viendra d’autres, crachés par la médiocratie
nationale dans les lucarnes de nos téléviseurs.
Pourtant,
pourtant, qu’elle est belle cette langue, qu’elle est chantante, enchanteresse. Comme il est doux de la sentir rouler,
couler, dans les mots. Mais cessons il n’est
plus temps, conformons nous aux nouveaux standards de la culture de masse.
Faites cesser cette individualité qui n’est que génératrice de troubles. Quel
besoin avons-nous de forger notre propre réflexion alors que d’autres le font
pour nous.
Ne
réfléchissez donc plus, contentez vous d’agir dans le sens de l’action positive
et constructive que vous édicte vos grands leaders. Ils vous apprendront que
les terroristes vous cernent, que les intégristes vous menacent. Ils vous
montreront que vous êtes assiégés par des hordes de barbares, que vous êtes en
danger, qu’il faut avoir peur. Parce que c’est cela l’ignorance, c’est la peur,
la connaissance n’est guère plus rassurante, mais elle génère non pas la peur,
mais l’inquiétude. La peur elle est insidieuse, elle obscurcit le jugement du
juste et le rend à l’image de la bête, enclin à mordre pour se préserver. L’inquiétude
force à l’intelligence, à la réflexion et demande des solutions nées de la
compréhension.
Aussi vos
dirigeants vous préfèrent ils habités par la peur plutôt que par l’inquiétude
qui pourrait vous pousser à vous interroger sur le bien fondé de leur discourt.
Je vous
laisse pour ce soir, je vais aller me plonger dans la lecture d’un de ces
livres honteux qui n’ont plus leur place dans nos bibliothèques.
